Pattern est une série d’images trafiquées à l’aide d’un scanner, sans recours à des logiciels de retouche. Ce projet s’inscrit dans la continuité de recherches plastiques visant à métamorphoser les représentations du réel en de nouvelles entités, sublimées et aberrantes. Ici, le scanner n’est pas un outil de reproduction fidèle, mais un instrument de révélation : il capture, plie, déplie et recompose la matière visuelle pour en extraire des rythmes cachés, des motifs qui dialoguent avec l’infini.
La première étape consiste à sélectionner les images sources, car certains sujets, certaines compositions se prêtes plus que d’autre à la transformation. Il s’agit aussi d’obtenir des séries cohérentes au travers des thématiques qui nourrissent l’ensemble de mon travail comme par exemple ici, les plantes, les fleurs et plus largement la nature. Les images que j’ai utilisés pour constituer la série « Pattern_Flowers Power » proviennent de divers ouvrages consacrés à aux plantes.
Un pattern est un motif élémentaire qui, par répétition et déformation, génère une composition foisonnante. Ce travail s’approprie cette logique pour explorer la plasticité du réel. Les images d’origines provenant de livres, de magasines ou de mes propres traveaux sont soumises à des manipulations physiques lors de la numérisation : décalages, superpositions, distorsions optiques, ou altérations de la lumière.
Inspiré par le concept de pli chez Deleuze, (déplier signifie que je développe, que je défais les plis infiniment petits qui ne cessent d’agiter le fond, mais pour tracer un grand pli sur le côté duquel apparaissent des formes*), le processus consiste à répéter, déformer, étendre ou resserrer des fragments de l’image. La répétition n’est pas copie, mais variation infinie : chaque pattern devient un écho démultiplié, une porte ouverte sur une dimension parallèle du visible. Les séries Pattern interrogent la virtualité du réel. Chaque pli déployé par le scanner libère des possibles enfouis : l’image n’est plus un reflet, mais un champ de forces où coexistent mémoire et invention.
Certaines compositions évoquent des cartes de territoires inconnus, d’autres des partitions visuelles ou des tapisseries hypnotiques. La matière originelle, bien que reconnaissable, est transcendée : un visage se dissout en mosaïque, une feuille d’arbre se métamorphose en constellation, un tissu se rigidifie en structure minérale. Ce travail cherche à déplier le réel, à exacerber les plis qui agitent le visible pour en révéler les strates. Ces images sont des anomalies contrôlées, des accidents dirigés, où l’image se regarde elle-même dans le miroir déformant de sa propre potentialité.