“C’était plus encore que nous ne méritions, ce voyage rapide, un soir. En tout cas je n’ai jamais vu de ciel plus immense et il y avait une étonnante gloire à exister sous ce ciel. Une gloire qui n’était pas à nous et à laquelle on assistait de formidablement loin ”
André Dhôtel
« Les Émerveillements » est un journal philosophique aux frontières du réel, a mi-chemin entre le carnet intime et le manifeste poétique. Cette œuvre fragmentaire capte les scintillements du quotidien pour en extraire une cartographie sensible de l’existence. S’instaure un dialogue entre l’infime et l’universel, où chaque texte, qu’il tienne en une phrase ou s’étire sur une page, agit comme un miroir brisé reflétant les mille facettes du vivant.
Structuré en deux Livres, l’ouvrage défie les catégories. Ici, une micro-fiction fantastique côtoie une méditation sur le passage des nuages ; là, une anecdote apparemment triviale se métamorphose en parabole existentielle. La pratique l’écriture s’apparente ici au Kintsugi* : il recolle les éclats du réel, souvenirs, rêveries, fulgurances, desastres, avec l’or brut de son regard.
Dans ce recueil, une humeur devient un paysage. Un mot d’esprit se transforme en piège philosophique. Une impression fugace, la lumière de 17h sur un mur décrépi, le bruissement d’une feuille morte, acquiert la résonance d’un haïku métaphysique. L’écriture cherche la faille où l’extraordinaire jaillit de l’ordinaire. Ses textes courts fonctionnent comme des détournements invitant le lecteur à ralentir, à s’émerveiller devant ce qu’il croyait connaître.
Ce qui frappe dans ces courts textes c’est leur capacité à rendre tangible l’invisible. Les silences entre les mots pèsent autant que les phrases. Les blancs de la page deviennent des respirations nécessaires, des espaces où le lecteur projette ses propres réminiscences. On pense à Barthes et à ses « mythologies », mais aussi à l’écriture minimaliste d’un François Bon — sauf qu’ici, c’est le quotidien lui-même qui se fait mythologique. Un café froid, une ombre portée, un rire entendu dans un couloir : autant de portes dérobées vers l’universel.
Le Livre I, peut-être plus ancré dans le concret, dialogue avec le Livre II, où l’abstraction et le jeu formel prennent le dessus. Pourtant, aucune hiérarchie : les textes s’enchaînent comme les notes d’une partition improvisée, créant des échos, des contrastes, des répétitions thématiques qui tissent une cohérence souterraine. Certains fragments reviennent comme des leitmotivs , la pluie, les oiseaux, les objets abandonnés, dessinant une symbolique personnelle qui devient peu à peu universelle.
Pourquoi lire Les Emerveillements ? Parce que ce livre est un antidote à l’époque. Dans un monde obsédé par la vitesse et la saturation informationnelle, il restaure la puissance contemplative du regard. On se surprend à observer différemment la rayure sur une tasse, la trajectoire d’une mouche, les plis d’un drap défait et à se souvenir que ce qui compte ne se compte pas.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Kintsugi
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