KITCH

“ Plus claire la lumière, plus sombre l’obscurité… il est impossible d’apprécier correctement la lumière sans connaître les ténèbres.”  

Jean-Paul Sartre

Plus que jamais, l’Homme de l’ère Antropocène, responsable de la sixième extinction de masse, de l’épuisement des ressources terrestres et du réchauffement climatique est confronté à ses ténèbres.

En constituant cette série, j’ai eu l’impression d’ouvrir un boite de pandore. Mon intention n’est cependant ni de culpabiliser, ni de dresser un inventaire de notre coté obscur. J’ai simplement suivi le protocole que je me suis fixé, c’est-à-dire fouiller mes archives photographiques avec cette thématique en tête et remonter à la surface les images que je jugeais en adéquation.

Le fait est que sans chercher à me confronter à l’horreur comme un reporter de guerre par exemple, le monde au quotidien ne cesse de nous mettre face à sa (notre) violence. Le fait est aussi que cette violence est en chacun de nous et en ce qui me concerne ces images témoignent non pas d’une fascination glauque mais d’une volonté de regarder les ténèbres droit dans les yeux ; d’une part pour ne pas sombrer dans « l’a quoi bon » nihiliste de l’indifférence et d’autre part pour proposer une catharsis* tel que l’a définis F Nietzsche dans son analyse du théâtre tragique dans l’Antiquité Grecque :

“ Le plaisir de la représentation est un sentiment de force préservée au contact d’éléments perturbateurs. C’est le sentiment de puissance qui prononce le jugement de beau. La prédilection pour les choses terrible est symptôme de force ; la prédilection pour les choses mignonnes, jolies, seulement décoratives, est symptôme de faiblesse. Les esprits héroïques sont ceux qui peuvent encore éprouver de la jouissance là où les faibles ne voient que de l’effrayant et détournent les yeux, révulsés. ”
F Nietzsche, Aesthetica,1887 / 10 [168] Fragments posthumes, textes et variantes établis par G. Colli et M. Montinari NFR Gallimard.